Le site probablement pas pour toi, qui vient de passer à Vanilla 2 à l'arrache, et qui va mettre un certain temps avant d'être à nouveau opérationnel (ou du moins Über avec un Ü).
Don Coscarelli - Bubba Ho-tep

  • Ho-tep (hō-tep') n.

    1. Relative or descendent of the 17 Egyptian Dynasties, 3100-1550 B.C.

    2. Family surname of an Egyptian pharaoh (king).



    Bubba (bub'uh) n.

    1. Male from the Southern U.S.

    2. Good ole boy.

    3. Cracker, red neck, trailer park resident.




    Quand un film part du postulat que Elvis n'est pas mort, on commence à s'inquiéter. Quand ça se précise sur un King en déambulateur que tout le monde prend pour un sosie gâteux, ça devient cocasse. Quand on apprend que le meilleur ami d'Elvis n'est autre que John Fitzgerald Kennedy, qui lui aussi a survécu, mais au prix d'une partie de son cerveau et d'un changement de couleur de peau, on se pose vraiment des questions. Et quand finalement, les deux compères se mettent en tête de se débarrasser d'une momie déguisée en cowboy, qui se nourrit des âmes des pensionnaires de l'hospice en les aspirant par leurs culs, on comprend qu'on a affaire à un grand film.


     




    Le trailer officiel.




    Tiré d'une nouvelle de Joe R. Lansdale, un écrivain texan pure souche, expert en arts martiaux, connu pour ses jongleries entre polar, épouvante et western, Bubba Ho-Tep pourrait n'être qu'un grotesque nanard, époustouflant de culot et de ridicule. Et pourtant, d'un patchwork à première vue si improbable émerge une œuvre d'une bizarre cohérence. Il s'agit d'une étonnante mixture de comédie, de film d'horreur et de drame social, touchante, douce-amère, critique, voire philosophique.



    Avec Bruce Campbell comme acteur principal - le héros de la fameuse série des Evil Dead, pour ceux qui ne suivraient pas, et Don Coscarelli comme réalisateur - l'auteur des Fantasm - on pourrait s'attendre au meilleur du pire. C'est bien le cas, mais... morts-vivants et forces des ténèbres, sans être anecdotiques, ne constituent pas le thème majeur du film. On y parle davantage de vieillesse, de solitude, de regrets, d'absurdité de la vie et de désespoir tranquille, avec en toile de fond un arrière-pays aussi bouseux que désuet.



    Le King nous fait part de ses états d'âme, de ses erreurs, de ses désillusions, des raisons pour lesquelles il a fini par prendre la place de son meilleur imitateur. Il pense à l'échec de son mariage, à sa fille, à la façon dont il s'est fait exploiter par ses proches. Sortant de sa torpeur de grabataire au bout d'une vingtaine d'années cloué sur un lit, Elvis se rend compte que son existence touche à sa fin et qu'elle n'a pas plus de sens maintenant que lorsqu'il était un dieu vivant.



    C'est donc avec une vigueur nouvelle, lorsque l'opportunité d'une rédemption se présente, qu'il se lance dans une quête aussi absurde que téméraire, laissant le spectateur dans le doute. N'est-il qu'un vieux cinglé mal embouché, victime d'ennui au point d'halluciner, ou est-il le véritable Elvis, débarrassé enfin de sa propre légende, défiant la malédiction plus que millénaire d'un monarque égyptien ? Quel que soit le point de vue, sur lequel le film reste habilement ambigu, notre héros poursuit le même but : accomplir quelque chose de digne et de remarquable, peu importe quoi, pour se prouver qu'il vaut encore quelque chose.


     




    Un extrait de la bande originale, composée avec brio par un certain Brian Tyler.

    (Coscarelli n'avait pas les moyens de se payer Elvis.)



    Dit comme ça, Bubba Ho-tep semble plutôt triste. Quelque part, il vous colle un peu le blues, mais avec le sourire. En effet, le surréalisme du contexte, le franc-parler bien gras d'un King dont le souci principal est d'arriver encore à bander, la fabuleuse conviction qu'insuffle Ossie Davis, dans l'un de ses derniers rôles, à un JFK pourtant noir, quelques répliques bien senties, et des effets spéciaux comme on n'ose plus en faire sont les garants d'une bonne tranche de rigolade.



    Mais si la modestie du buget se fait sentir, on en arrive justement à se demander où commencent et où s'arrêtent le décor, le costume, l'artifice. Nul besoin de compositing époustouflant pour s'immerger dans l'histoire ; si les trucages étaient meilleurs, peut-être bien que le film en pâtirait. Pas seulement parce que l'esthétique nanard parle aux grands cinéphiles que nous sommes, mais aussi, et surtout, parce que la question de l'identité, de l'apparence, de la vérité, de la réalité même, est sans cesse posée. Toute la subtilité du film naît paradoxalement de son absence de réalisme, d'un décalage, qui au bout du compte cimente parfaitement des éléments dépareillés. Si Elvis et JFK étaient encore vivants, pourquoi ne chasseraient-ils pas un suceur d'âmes, après tout ? Et si au contraire il n'était question que de vieillards tentant d'égayer leurs derniers jours, pourquoi n'iraient-ils pas se replonger dans les mythes de leur époque révolue ?



    Grandeur et décadence du roi du rock'n'roll, assassinat jamais éclairci d'un président adulé, cowboys, zombies, vulgarité du red neck... Bubba Ho-tep passe en revue tous ces piliers poussiéreux d'une Amérique maintenant trop vieille, qui se regarde mourir avec nostalgie, en doutant d'elle-même. Certains crient au génie, au point d'être heureux que le film reste sans suite, le projet d'une préquelle intitulée Bubba Nosferatu, où un Elvis plus jeune aurait occis du vampire, étant tombé à l'eau. D'autres, plus naïfs peut-être, regrettent que cette créativité débridée s'arrête là. D'autres enfin détestent d'un bloc, sans y voir autre chose qu'un film de série Z (comme Télérama, dont le mépris n'a d'égal que la brièveté du commentaire).


    Le fait est que Bubba Ho-tep, sorti en 2002, a connu un grand succès, certes underground, au point de passer un samedi sur Arte en seconde partie de soirée, mais en tout cas indéniable. Primé un paquet de fois, montré à moult festivals aussi obscurs que prestigieux, c'est déjà un film culte, peut-être pas autant que Monty Python and the Holy Grail, mais qui ne vous laissera certainement pas indifférent.


     




    Ce que Bruce Campbell en dit. Tout est dit.





    Le site officiel.

    Bubba Ho-Tep sur Amazon.

    Bubba Ho-Tep sur Amazon pour les gens riches.


  • T'es vraiment une raclure d'opportuniste.


    Avec une conclusion comme ça, tu sais que tu nous achèves hin.


    Je vais tâcher de le trouver. Et de trouver 2h aussi en même temps.

  • Bah ouais, je connais mon public hein, certes fort restreint, mais justement... Je ne sais pas s'il supporterait une quinzaine de visionnages comme le chef-d'oeuvre susmentionné, mais la première fois, je l'ai vu sans le son en bidouillant du PHP en même temps, et ça m'a assez interpellé pour me donner envie de le regarder une seconde fois. Je ne crois pas qu'une troisième me dérangerait. Ceci dit, son rythme assez lent et son humour à 50% de matière grasse pourraient sans doute déplaire à certains... Moi en tout cas, je kiffe. Je pourrais même me laisser tenter par les Phantasm et/ou Beastmaster, franchises de Coscarelli qui autant l'une que l'autre semblent tellement improbables qu'elles touchent au grandiose.

  • MescalitoMescalito juin 2008

    tu piques ma curiosité
    il va falloir que je le vois XD

Bien le bonjour, visiteur.

On dirait que vous êtes quelqu'un d'intéressant. Pour le prouver à la face du monde, cliquez sur l'un des boutons ci-dessous.

Connexion Postuler

Dans cette discussion