Le site probablement pas pour toi, qui vient de passer à Vanilla 2 à l'arrache, et qui va mettre un certain temps avant d'être à nouveau opérationnel (ou du moins Über avec un Ü).
Dour 2007 : souvenirs vaporeux d'un holocauste musical
  • EnsembleVideEnsembleVide juillet 2007

    Musique


    Dour, petite ville de Belgique située en région wallonne, dans la province du Hainaut, c’est-à-dire tout près de la frontière française, est depuis dix-neuf ans le théâtre d’une manifestation musicale dite indépendante. Au départ minuscule, avec en 1989 une poignée d’artistes tels que Les Innocents ou Bernard Lavilliers, le festival de Dour a pris au fil des ans une ampleur démesurée pour compter cette année un total de deux cent vingt-cinq groupes (dont la triste annulation de Explosions in the Sky).


     




    Ce jovial festivalier Überiste ignore encore ce qui l'attend.

    Il achètera son pass 4 jours à la sauvette 50€ plus cher qu'au prix normal.



    Cent quarante-quatre mille personnes ont bougé – ou traîné, selon leur état – leurs fesses adipeuses sur des rythmes plus ou moins endiablés durant quatre jours, voire cinq si l’on compte la veille du festival. Le camping a vu affluer vingt-trois mille fêtards prévoyants avant même son ouverture. Sans parler du lundi matin, qui a surpris bon nombre de festivaliers par son arrivée impromptue. Bien entendu, un certain nombre de gens intéressants étaient de la partie, d’où cet article que vous vous apprêtez à lire, abondamment illustré à l’aide d’un bête téléphone Sony Ericsson S700i.


     




    Nos sémillants voisins font les intéressants pour

    qu'on les prenne en photo.
    C'est gagné.




    Dour, avant tout, c’est de la merde. Littéralement. En dehors de l’aspect purement marécageux du site après quelques heures de pluie, il est difficile de ne pas relever la puanteur méphitique et croissante dégagée par les milliers de personnes qui suent, vomissent, urinent, défèquent et déversent une quantité de déchets invraisemblable simultanément. Comme l’a fait judicieusement remarquer Luke Jenner, le chanteur de The Rapture : It stinks here like a mix of shit and vinegar. Si le soleil a fini par nous sauver de la boue, ce ne fut pas pour le bonheur de nos narines, loin s’en faut.


     




    La Machine à Feu, sculpture qui donne son nom au site du festival.

    Ces joyeux drilles la font tourner tout en pissant dans chaque coupelle.



    Dour, c’est aussi de la drogue. A profusion, légale et illégale, du matin au soir, avec, comme seul impératif, de ne pas la transporter dans des bouteilles en verre, parce que le verre, ça casse et ça fait mal si on marche dessus. A côté de ça, THC, MDMA, LSD, éthanol, caféine, nicotine, et toutes les autres qui finissent en –ine, sont plus que relativement tolérées. Tout le monde ou presque a un joint au bec et une bière à la main en permanence, voici la nouvelle norme que l’on suivra durant tout le festival : c’est la fête, le reste, on s’en fout. Ceci explique en outre le contraste saisissant entre le camping aux allures de camp de réfugiés et l'air hilare de ses habitants.


     





    Le premier gamer à ne pas discerner le tatouage sur le

    mollet de cette geekette punk peut baisser la tête de honte.




    Evidemment, cette licence festive a pour effet de consteller l’ensemble du terrain, non seulement de flaques de vomi et d’urine, mais aussi, et surtout, de gens vautrés dans des positions plus ou moins hasardeuses, à des stades de coma plus ou moins avancés. Etendus à même le sol dans la poussière ou la boue, crevant de chaud sous une tente à moitié montée, avec des jambes noires de crasse qui dépassent, étalés sur des supports d’affiches arrachés à cette occasion, ronflant dans ce qui reste d’herbe, au milieu des arbres, prostrés sur le béton humide, parfois les fesses à l’air, ou tétanisés au téléphone, le filet de bave aux lèvres, chacun reste lourdement sujet à la loi de l'ébriété.


     




    Un matin, à 9h42.



    Vous l’aurez compris, Dour, c’est assez peu hygiénique, et très largement porté sur les substances stupéfiantes de toutes sortes. On appelle ça « l’ambiance » en langage festivalier. En dehors de ça, il y a des scènes, six au total, assez vastes et éloignées les unes des autres pour que l’on réfléchisse très longuement à son prochain mouvement, sur lesquelles se produisent des artistes parfois aussi doués que connus, et qui constituent théoriquement la principale attraction du festival. Elles portent des noms à potentiel humoristique discutable, tels que The Last Arena (alors que c'est la première) ou La Petite Maison dans la Prairie (dans le Terrain Vague eut été plus approprié).


     




    Vue du camping, dans son état relativement normal.

    On s'habitue à tout, comme disait Albert.




    C'est là, dans le chaos à la fois fébrile et apathique des corps qui se frôlent et s’entremêlent, en consultant le programme du jour, qu'on fait soudain face à d’atroces vérités, à de cruels dilemmes, comme le fait de découvrir que Autechre et Venetian Snares passent en même temps que Justice et Vitalic, ou qu’il faut choisir entre retourner à la tente faire le plein de Gin Tonic Guronzan dans sa bouteille de Contrex à bouchon sport, et voir Coldcut, tout en pressentant qu’on aura jamais la force de revenir si l’on opte pour la première option.


     




    De l'extérieur, les toilettes et leur odeur sont

    paradoxalement moins abominables que de l'intérieur.




    Mais au milieu de ce maelstrom harassant, on arrive tout de même, moyennant un minimum de calcul et de volonté, à se rendre sous le bon chapiteau au bon moment, et à braire comme un âne devant un groupe depuis longtemps apprécié, en signe de joie indescriptible, d’approbation vigoureuse et de volupté communicative. A condition d’être en état d’apprécier la musique, évidemment.


     




    A Hawk and a Hacksaw, un brillant duo dont le

    style incomparable réconcilie avec l'accordéon.



    C’est ainsi que l’on découvre en live la vibrante beauté de A Hawk and a Hacksaw, un chouette groupe de, euh, post-rock/folk balkanisant, composé d’une violoniste et d’un accordéoniste-percussionniste-chanteur (si, si). Ou qu’on se retrouve soufflé par la toute-puissance de Motor, qui s’avère disposer d’un vrai batteur et d’un vrai chanteur, et qui brille non seulement par sa musique sans concession, mais aussi par les excellentes vidéos à forte saveur 8bit qui l’accompagnent – notamment un jeu de course en gros pixels et trois couleurs, où une méchante camionnette rouge et éponyme défonce niveau après niveau des véhicules variés, dont un avion.


     





    Motor. Ceux qui se plaignent de ne rien

    voir sur la photo n'avaient qu'à être là.





    On pourrait aussi parler de l’étonnant concert de Autechre, qui s’est déroulé entièrement dans le noir, alors qu’au début tout le monde croyait qu’ils n’étaient pas encore arrivés, de la fabuleuse énergie, à la fois épique et mélancolique,  de 65daysofstatic, de la somme toute paisible ultraviolence sonore de Merzbow, de la délicate torpeur de Bonobo, du roi du punk japonais Guitar Wolf (dont Domo-kun est fan, rappelons-le), de l’antifolk ensoleillé de Herman Düne, de la tempête expérimentale jazz-electro-metal de Black Engine, des heures de sommeil tristement préférées à Venetian Snares


     




    Bonobo, ou les délices du trip hop mou des fesses juste comme il faut.

    Enfin, juste assez pour s'endormir avant DJ Food et Coldcut...



    Mention spéciale à Jah Shaka, vieux maître rasta complètement cramé, qui changeait tranquillement de disque sans même tenter de meubler les silences, chantant parfois par-dessus, disparaissant carrément de la scène de temps à autre, gesticulant de manière si caricaturale qu'il en était crédible, mais qui, en contrepartie, était doté d'un tel goût musical que chacun des morceaux joués n'étaient que pur ravissement pour les oreilles. Sunn 0))) mérite également des applaudissements pour son doom drone metal, aux vertus incontestablement paralysantes, aussi impressionnant que calme et pénétrant.


     




    Le chanteur de Guitar Wolf a eu la brillante idée de sauter du haut d'environ

    3,50 m d'enceintes. Il a mis 5 minutes à se relever, ce qui a fait rire tout le monde.



    On pourrait ainsi continuer longtemps, mais ce serait – c'est déjà – à la fois trop long et trop subjectif. Dour est une expérience unique, que chacun vit, ou du moins prétend vivre, à sa façon. Comme l’a noté notre confrère Sawtooth, l’un des points intéressants de cette manifestation, où presque tout le monde essaie de se démarquer en affichant sa sous-culture et ses préférences musicales, est qu’on peut néanmoins relever une effrayante conformité dans la plupart des comportements : mêmes vêtements, mêmes drogues, et surtout, mêmes tentes Quechua. Près de la moitié des festivaliers se rejoignaient en effet sous la bannière de cette marque, qui produit des tentes se dépliant toutes seules en quelques secondes.


     





      Sunn 0))) en train de faire les cons avec leurs costumes,

    presque immobiles devant un authentique mur d'enceintes.





    Derrière cet amusant parfum de fainéantise consumériste contemporaine se cache une réalité bien plus triste : quand on écoute de la musique dite alternative ou indépendante, que l'on méprise de ce fait ce qui touche au mainstream, on est généralement supposé avoir des valeurs, se servir un peu de son cerveau, défendre une certaine éthique, penser par exemple à l’environnement, se soucier de son prochain.


     




      La tente Quechua, bastion de la conformité dans un contexte se voulant libéré.



    Que nenni. En témoignent les ineffables quantités d’ordures abandonnées nonchalamment sur le site. En l’espace de quelques jours, le camping a été recouvert de gobelets et de bouteilles de bière, d’emballages de toutes sortes, de vêtements trop sales, de chaussures égarées, de nourriture avariée,  de tentes plus ou moins déchiquetées et autres joyeusetés qui donnent immanquablement confiance en l’avenir de l’être humain sur sa petite planète.


     




     Au camping, chaque matin, Philips rase gratis.

    Alternatif, certes, mais contre la société de consommation... non.



    On évitera de détailler la beaufitude ambiante, le mépris à peu près total de la tranquillité d'autrui, et les inévitables vols, bagarres et accidents de réchauds à gaz (lesquels sont d'ailleurs interdits). Les chiffres restent à vérifier, mais un voisin disait qu’environ mille personnes par jour se retrouvaient sous la tente de la Croix-Rouge. Autodestruction, quand tu nous tiens…


     




      Une tente Quechua se cache dans cette image mescalinienne.




    Toujours est-il que la quantité d'énergie absolument démentielle qui rassemble autant de personnes pour nulle autre raison que celle de faire la fête est fascinante. Certes,  Dour constitue un évènenement incomparable, d'une grande valeur culturelle (enfin, sur papier) mais si l’on ne consacrait qu’un fragment de cette énergie à résoudre un problème sérieux, si toutes ces personnes s’unissaient pour une grande cause, comme par exemple sauver le jeu vidéo de la médiocrité… Ou ne serait-ce que pour nettoyer le terrain, ce serait déjà pas mal. Mais non.


     




      Notre festivalier jovial de service inspecte les dégâts du lundi matin.

    Oui, c'est parfaitement dégueulasse, et cela sur l'ensemble du site.




    En définitive, Dour constitue une expérience profondément dionysiaque. Quand on y est, on se retrouve pendant presque une semaine hors de l’espace et du temps, mû par le seul besoin d’oublier la réalité en se plongeant dans un gigantesque exutoire fait de musique, de défonce et de négation des lois du monde réel. Ce n’est certainement pas des vacances, prévoyez-en plutôt juste après. Mais ça fait du bien. Dour, c'est bon, mangez-en – mais demandez à goûter avant, on est jamais trop prudent.


     




      Un détail a valu à ce monsieur de voir sa photo publiée (et piquée) dans NoBullshit,

    le magazine gratuit qui relatait chaque jour l'actualité du festival. Cherchez bien.


     


    Le site officiel du festival de Dour.

    Le site officieux des fans du festival.

    Les numéros de NoBullshit 1, 2, 3 et 4 relatant les temps forts de Dour 2007 (en PDF).

  • Sacoche1erSacoche1er juillet 2007

    Woa, ça me donne encore plus envie d'aimer Dour.


    Encore plus que les histoires adipeuses de mon dernier colloc, mélangeant subtilement Vodka, matins, violence et stupeur.

  • EnsembleVideEnsembleVide juillet 2007

    Bah là, c'est un peu comme si t'étais en colloc avec 35000 et quelques autres personnes défoncées à tout et n'importe quoi. Sachant que tu disposes d'un espace moyen de 4m² pour ta tente. L'avantage, c'est que les toilettes sont disponibles immédiatement quel que soit ton emplacement.

  • Sacoche1erSacoche1er juillet 2007

    Euh, ouais, mais je parlais de ses histoires à propos de Dour.


    Vodka, Matins cadavériques, vilence et stupeur, c'était le condensé de ce son opinion sur Dour.

  • EnsembleVideEnsembleVide juillet 2007

    Ah ouais, je pensais que tu parlais du comportement de ton dernier colloc au quotidien :B


    En tout cas, le mot stupeur me semble parfaitement résumer l'évènement (ainsi que les quelques jours qui suivent le retour à la réalité).

  • PtijeremPtijerem juillet 2007

    Je vois qu'au passage j'ai gagné un nom scout.... c'est cool.


     


     


    Sinon ouais, vodka, matins cadavériques, stupeur et tremblements adictifs font bien partie du quotidien du festival, mais c'est plus mieux de le vivre, on en  a une approche plus en profondeur.


     


     


    Perso en plus de la musique je garderai un souvenir ému des odeurs, multiples et fortes en caractère...

  • EnsembleVideEnsembleVide juillet 2010

    Etant donné que je reviens de Dour 2010, il me semble de mise de le mentionner, mais aussi de vous résumer la chose par cette simple image du concert de Gwar, dont le fabuleux mauvais goût n'a d'égal que la qualité de leurs prestations scéniques.


    Là.

  • MescalitoMescalito juillet 2010

    Ca avait l'air sympa, il y avait même Cunningham !!! J'imagine que tu as donc pu voir la nouvelle version étendue de Flex, mais a t il passé un vj remix de star wars puis un set à base d'image d'archives de la seconde guerre mondiale ?


    Et qu'y a t il eut de notables cette année?

  • EnsembleVideEnsembleVide juillet 2010

    Ouais, Cunningham était sympa. Ca valait le coup de voir Johnny Rubber en version longue sur triple écran géant avec une énorme paire de seins pour faire les kicks en rythme. Globalement, c'était d'ailleurs plutôt cul, juste assez abusé pour être classe au lieu de vulgaire. Le mix vidéo était évidemment excellent, mais la musique n'avait rien d'incroyable, bien que tout à fait honnête.


    Paradoxalement, j'ai trouvé les visuels de Bong-Ra quasiment supérieurs à ceux du vieux Chris. Putain, Bong-Ra, ça c'était du grand spectacle de foutu drogué ultraconvulsif, d'autant qu'il a fait la surprise de couper à la moitié pour jouer avec Wormskull, et c'était la première fois qu'ils se produisaient ainsi. Du coup, on a eu droit à ça en live, avec des vrais instruments, et c'était épique :



    Bong-Ra, plus des fous furieux malades gueudins comme Drumcorps, Otto Von Sirach, Todd, Atari Teenage Riot... Gwar, évidemment, qui n'étaient que bruit, sang artificiel et entrailles en latex.


    Et Faith No More... Mike Patton en vrai, c'est Über avec un sacré gros Ü majuscule. Une classe folle, une aisance scénique à pâlir, une voix, ben, comme Mike Patton quoi... Retouver tous ces foutus morceaux d'Angel Dust et consorts magistralement interprétés était tout à fait fabuleux.


    Il y avait aussi une tripotée de petits français tout à fait talentueux, parmi lesquels General Elektriks, Peter Digital Orchestra ou encore Chapelier Fou.


    Mention spéciale à Shining, qui ont joué le dimanche en début d'après-midi devant une apparente assemblée de zombies, persuadés qu'il auraient droit à un public médiocre, et dont on a pu voir le sourire s'éclairer lentement mais sûrement au fil du concert, pour finir sur un rictus extatique et un chapiteau largement rempli. Ca m'a rendu heureux.


    Au petit déjeuner après un demi-litre de Dark Dog et un demi-litre de Jupiler, c'est du bonheur :



    On a aussi eu droit à Moderat (Modeselektor + Apparat, rien que ça) avec les visuels de leur DVD, qui ont largement tenu les promesses de leur excellent album, ainsi qu'à Black Sun Empire, les rois du neurofunk (un obscur sous-genre de drum & bass, pour les néophytes) que l'on attendait avec l'impatience de types qui ont passé des nuits blanches à jouer à Mario Kart avec ça à fond, et qui nous ont foutrement épuisés. On peut aussi parler d'Elmakay, une bête de scène en matière de dubstep, dont la maîtrise des tensions et résolutions était tout simplement hallucinante.


    Et j'en oublie, en m'apercevant que je suis du coup quasiment en train d'écrire un article. Finissons avec The Glitch Mob, la surprise finale des trente-deux concerts qu'on a réussi à voir en quatre jours, dont la lenteur calculée a permis aux survivant de danser béatement au ralenti, seule chose possible un dimanche soir à une heure du matin.



    Bref, Dour 2010, c'était bien.


     

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