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L'envers du décor : concours d'entrée à Supinfogame
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    Quand on se voit offrir l’opportunité d’être membre du jury pour le concours d’entrée de [b]Supinfogame[/b], alors qu’on l’a soi-même passé – avec succès – quelques années auparavant, on saisit l’occasion. Et c’est avec une curiosité mêlée de souvenirs pourtant récents qu’on rejoint l’équipe pédagogique, pour en faire partie deux jours durant, et se rendre dans les mêmes lieux, côtoyer les même gens qu’en étant élève, mais avec un regard et des devoirs complètement autres. Voici les impressions brutes de fonderie de cette première expérience.

    Tout d’abord, les membres du jury s’organisent en binômes, par connivence ou par nécessité d’adjoindre quelqu’un de rôdé à une nouvelle recrue. L’une des équipes est à géométrie variable, certains professeurs devant également suivre les progrès d’une promotion de sigiens en semaine intensive (un exercice intense, comme son nom l’indique). Après quelques formalités administratives et un accès à la cafetière autrefois secrète de la gent professorale vient la présentation du jury dans l’amphithéâtre, là où les candidats passent leurs épreuves écrites, et attendent d’être appelés pour leur entretien.

    Le premier jour, ce ne sont pas moins de cent cinq postulants au cycle préparatoire que devront passer en revue nos valeureux professionnels du jeu vidéo. Game design, programmation, journalisme, graphisme, sound design, gestion de production, ergonomie, réalisation et techniques filmiques, la plupart des domaines de l’industrie sont représentés. Les dossiers des candidats ont été répartis ; les premiers sont invités à suivre les binômes dans des recoins obscurs de Tertia 3000 aux alentours de 9h40. Commence alors une longue journée riche en surprises, parfois agréables, parfois consternantes.

    Les gens ont une fascinante tendance à n’avoir lu qu’[b]Harry Potter[/b], [b]le Seigneur des Anneaux[/b], [b]Dragon Ball[/b] et [b]Naruto[/b]. Tout le monde déclare être passionné de jeux vidéo et adule la série des [b]Final Fantasy[/b] – sans avoir le bon goût de préférer le sixième opus – de même que les [b]Devil May Cry[/b], [b]Silent Hill[/b] et autres [b]Resident Evil[/b]. Bizarrement, les derniers films visionnés sont le plus souvent les adaptations des deux derniers jeux cités. Les lecteurs de livres sans image et autres amateurs de cinéma indépendant ne sont pas légion. De là à dire que le jeu vidéo tend à imposer une culture uniforme et débilitante aux nouvelles générations, il n’y a qu’un pas, mais bon nombre de profils remarquables ont néanmoins contredit cette théorie.

    La pause de midi permet de découvrir, à l’instar de la cafetière, la cafétéria secrète de l’équipe pédagogique, abondamment fournie en victuailles revêtant la forme d’un buffet froid. On notera que l’absence de décapsuleur a certainement contribué à limiter la consommation de bière, bien que la présence d’un tire-bouchon ait encouragé celle de vin. Les discussions vont bon train, chacun parle de ses potentiels « champions », terme pouvant aussi bien se référer à l’excellence pure qu’à la médiocrité transcendante.

    L’après-midi se poursuit en débordant largement sur l’horaire prévu, si bien que les délibérations ne commencent guère avant 19h30, et avec elles la confrontation directe à la responsabilité de juger et de décider de l’avenir de dizaines d’individus aux yeux brillants d’espoir. On s’y fait sans doute à la longue, mais ce n’est pas franchement évident la première fois. On se rend compte qu’on a trop de « plutôt oui », et qu’il faut les classer, voire en mettre de côté la moitié. Les candidats intéressants et sympathiques sont impitoyablement écrasés par les candidats encore plus intéressants et encore plus sympathiques. Comme on commence par choisir les meilleurs, les piles classées « à confirmer » n’ont même pas besoin d’être consultées.

    Bien entendu, les vannes fusent, les plaidoiries sont bruyantes, des blagues typiquement masculines sur les candidates se font entendre. Il est d’ailleurs fort dommage que le concentré de testostérone de la salle 208 n’ait pas été délayé par quelques examinateurs de sexe féminin, à l’exception de la directrice de [b]Supinfogame[/b]. Le jour de la parité sigienne semble encore bien loin… Au moins, entre plusieurs cas discutables défendus avec passion, vit-on des instants uniques comme en témoigne ce genre de propos :


    [i]- Ce candidat (que je défends) avait l’opportunité d’aller à l’E3 mais il a préféré rester uniquement pour passer le concours ! Vous vous rendez compte de sa motivation ?
    - Ca ne veut rien dire, aujourd’hui, n’importe qui y va, à l’E3…
    - Pardon ?
    - Oui, regarde, tu y es bien allé, toi...
    (grand moment de solitude accompagné de rires sonores durant trois bonnes minutes).[/i]


    Les choix des futurs étudiants du cycle préparatoire se terminent peu avant 22h, après une journée que l’on peut qualifier d’éreintante. Il reste bien sûr à prendre en compte les résultats des épreuves écrites. Les deux tiers du jury vont se détendre dans un restaurant Tex-mex plutôt recommandable, le reste ayant d’autres obligations. Le lendemain, même heure, c’est reparti pour le cycle supérieur. Seulement soixante-huit dossiers ont été retenus :
    le jury aura un peu plus de temps à consacrer à chaque candidat.

    Le niveau est bien sûr supérieur à la veille, les profils atypiques plus nombreux, mais les références culturelles ne changent guère. Au moins ne cite-t-on plus [b]Molière[/b] ni [b]Voltaire[/b] parce qu’ils sont au programme de terminale de cette année. Les candidats sont plus vieux, certains mêmes davantage que des membres du jury. L’expérience est plus palpable, la motivation est issue d’une réflexion réelle plutôt que de l’inertie d’un passe-temps trop envahissant.
    Mais pas toujours…

    On entend régulièrement parler de donner du plaisir au joueur, expression au caractère étrangement sexuel, plus rarement, de faire passer un message, voire de contribuer à élever le jeu vidéo au rang d’art. Il est dommage de voir plus souvent de nombreuses compétences que de nombreuses intentions. D’un autre côté, il serait stupide d’exiger de chacun des capacités que la formation pourra leur apporter.

    Les délibérations pour le cycle supérieur prennent fin vers 19h, et, sortant de la salle, on se retrouve confronté à une horde d’élèves du cycle préparatoire s’inquiétant de leur avenir, calculant avec effroi leurs chances de passer en cycle supérieur face aux nouveaux talents fraîchement désignés. La rumeur d’une sélection drastique à leur détriment a fait son chemin.

    Et c’est là, une fois de plus, que se fait sentir la responsabilité d’avoir choisi. Les candidats défendus étaient-ils les meilleurs, les plus aptes, les plus sincères ? Contribueront-ils à l’équilibre des futures promotions, pousseront-ils l’école et le jeu vidéo en avant ? N’ont-ils pas pris la place d’autres talents, plus timides, moins démonstratifs, de quelque génie évincé faute de savoir se vendre ? S’avèreront-ils des éléments incontrôlables incapables de travailler en équipe ?

    Comme on dit, la suite au prochain épisode. L’expérience était réellement enrichissante et, chose assez remarquable pour être notée, il est plutôt amusant, après avoir payé pour apprendre, de se retrouver quelques années plus tard en étant payé pour venir.


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